Chicoutimi – La Tuque : Mauricie par ci, Mauricie par là

Aujourd’hui, destination La Tuque, 6ème ville du Canada avec ses 0,45 habitants au km2. Vous aviez compris que ce classement dépendait de sa superficie et non du nombre de ses habitants…

Petit déjeuner avec des fèves au lard (délicieux…), en compagnie de la famille bretonne où j’ai enfin l’explication pour la boite automatique et mes déboires à l’aéroport de Montréal. Il suffit de décaler le levier de vitesse d’un centimètre vers la gauche pour être en commande manuelle et, de fait, avoir une action sur le passage des vitesses, action que je n’ai pas su faire à mon arrivée mais que je maîtrise maintenant à la perfection. L’aubergiste me dit que sur ma route, au bord du lac St Jean, il y a une des meilleures fromageries du Canada. Les soi-disant 300 fromages n’ont qu’a bien se tenir, je vais m’arrêter à Hébertville, foi de français et d’amateur de fromage. Il paraitrait que ce sont d’anciens hollandais, la concurrence est rude !

Nous nous disons au revoir avec la super famille bretonne. Je crois que ce n’est plus la peine de se dire adieu, n’oubliez pas que la terre est ronde, qu’on ne peut donc pas se cacher dans un coin et que l’on a toutes les chances de se revoir.

Je m’arrête faire le plein car même ma voiture consomme et reste bloqué près d’une demi-heure car la connexion téléphonique est pour le moins aléatoire et fait planter le terminal de paiement.

Après une heure de route, j’arrive à Hébertville où je demande ma route à une charmante jeune fille qui me dit à peu près ces mots là : une frômâgerie ? Ben, j’connais pas mais d’mande là baas, y’doivent savoir. Sinon, tu veux du bleuet ?

Je la remercie et souris niaisement, je n’ai pas compris ce qu’elle m’a dit ! Si quelqu’un, ami lecteur pouvait m’aider, n’hésitez surtout pas.

Je me dirige vers l’endroit indiqué : voilà une excellente idée pour réinsérer nos curés de campagne, car qui mieux qu’eux connaissent l’histoire et la géographie de leur paroisse ?

 

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J’ai enfin les bonnes indications (sans bleuet ??) et je m’enfonce dans la campagne canadienne… dont les paysages ne sont pas très différents de ce que j’ai pu voir jusqu’à présent. Je tombe un peu par hasard sur la ferme Lehmann dont le panneau m’indique clairement qu’elle est fermée car aujourd’hui, nous sommes lundi !

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Tout ça pour ça ! Tant pis, ils ne connaissent pas Fred. Je rentre ma voiture dans la cour de la ferme dans un nuage de poussière. La chaleur est écrasante, 90°F (à vos calculatrices), une odeur caractéristique de fientes de….vaches assaille mes narines, des mouches sympathiques et multiples se repaissent de ma chair tendre et délicate. Et tout à coup, encore une fois, ressurgissent mes souvenirs de vacances chez mes grands parents où l’insouciance de la jeunesse nous donnait l’impression d’être immortelle.

Je m’approche de la maison, personne ne se manifeste, une cloche tinte bercée par le vent, j’entends au loin un joueur d’harmonica et un train qui siffle 3 fois…n’importe quoi, j’ai du abuser des bleuets ! Une femme d’une soixantaine d’année avec un sourire engageant m’accueille. Je lui fait mon sourire le plus hâbleur et lui dit, sans aucune honte, que je viens spécialement de France pour la voir ! Yes ! Elle ouvre sa petite échoppe et me fait goûter 3 délicieux fromages, un cousin du conté, un autre, cousin du morbier et le dernier proche du reblochon. Je m’en mets plein les papilles et repars avec plus d’un kilo de fromages à caser dans une voiture qui ressemble plus à un insert qu’à un congélateur… Quand je lui demande de quelle ville hollandaise elle est originaire, elle me regarde avec de grands yeux interloqués : je ne suis pas hollandaise, je viens du Jura Suisse ! Merci Monsieur l’aubergiste, comme quoi, avant de colporter des rumeurs, toujours aller voir à la source !

Cette ferme compte 35 vaches et toute la production est vendue localement car elle a une excellente réputation. La listeria est la hantise du gouvernement canadien et les fermiers sont beaucoup plus suivis et contrôlés que certains grands trusts de l’agro-alimentaire.

Je retrouve la fournaise de mon séchoir à linge : trop classe les affaires qui sèchent dans un intérieur cuir !

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Je reprends la route en me disant qu’avec des bons fromages, il faut une bonne boisson d’accompagnement. Il se trouve qu’à St Gédéon, il y a une micro brasserie comme il en existe plus d’une centaine au Québec et qui produisent plus de 3 000 bières différentes. Je ne prends que 6 bouteilles, le poids à la douane étant réglementé, la question étant de savoir si elles atteindront la douane !

Il fait vraiment très chaud sur la route et il me reste encore 2 h à conduire. Soudain, je quitte la route principale et roule près d’un lac où je m’arrête pour me sustenter et faire trempette. Je ressors, me mets sur ma serviette et en profite pour écrire sur ma journée d’hier. Je m’aperçois que je passe au moins 2 h par jour à écrire mon carnet de bord, c’est un métier moi j’dis !
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Je finis par m’assoupir quelques instants, rien de mieux pour reprendre la route. Un petit aparté pour vous parler du système de fermeture des voitures canadiennes : quand tu t’arrêtes et que tu enlèves la clé de contact, il faut appuyer sur le bouton ouverture pour que toutes les autres portes s’ouvrent, sinon seule la porte du conducteur est ouverte. Un petit peu pénible comme système. Et à la fermeture, une autre originalité : tu appuies une fois sur fermeture, ça ferme la voiture, heureusement d’ailleurs ! Mais si tu appuies une deuxième fois, ça ferme la voiture et ça produit un coup de klaxon bref. Combien de fois je me retourne dans la rue pour savoir qui me klaxonne !!
J’arrive à la Tuque sans me payer de sa tête (OK, je sais, elle est moyenne !). L’auberge a l’air un peu décati vu de l’extérieur mais l’aubergiste prénommée Rose redore immédiatement la réputation du lieu. Elle me montre ma chambre en me disant que pour 5$ de plus, il y a une autre chambre beaucoup mieux. Après ce que j’ai vécu à Tadoussac, j’ai l’impression d’être dans une chambre au Ritz ! Imaginez un peu : une chambre individuelle avec un lit individuel, un lavabo individuel et même un frigo individuel, c’est le fromage qui va être content…Je dis à Rose que la chambre est parfaite et je prends possession des lieux en étalant mes affaires un peu partout dans la chambre. Il fait au moins 30°C dans la pièce malgré un ventilateur au plafond et un ventilateur sur pied, je m’en vais prendre une douche rapidement avant de fondre. Je discute un peu, dans la cuisine, avec des ouvriers d’une usine d’électricité. Il m’explique qu’ils travaillent beaucoup la semaine (plus de 40h) mais sur 6 mois de l’année car l’hiver, c’est impossible. 5 000$ de l’heure d’immobilisation est ce que coûte une panne à l’usine d’électricité, ils ont quand même le stress que tout fonctionne…
Je m’en vais manger une salade grecque dans un resto de la Tuque et, arrivé au dessert, j’ai envie d’une petite douceur sucrée. Je demande à la serveuse s’il y a des glaces. Elle me dit que bien sûr que oui et me demande si je veux une deyvdykgttddh caramel ou chocolat ? Je dis ce qu’il ne fallait surtout pas dire : comment ? Et elle me redis deyvdykgttddh caramel ou chocolat ? Je la regarde béatement et lui dis : Oui ! Et elle de me répondre : caramel ou chocolat ? Au final, j’ai mangé une boule vanille avec de la chantilly et du coulis au chocolat.
Je rentre me coucher car je suis vraiment fatigué de toute cette route et, malgré la chaleur, je m’endors rapidement, heureux d’être seul dans ma chambre et de pouvoir profiter du calme de l’auberge.
I have a dream… Sandrine et Orlando me tiennent compagnie. Ils sont tous les deux musiciens, elle au violon, lui au saxophone. Ils jouent spécialement pour moi, Sandrine digne d’Anne-Sophie Mutter dans le concerto en mi mineur de Mendelssohn, Orlando complètement inspiré prend des poses tel un oiseau à la Charlie Parker. Les sons ainsi mélangés sont magnifiques. Soudain Orlando vient vers moi toujours transcendé par la musique et approche son saxophone de mon oreille. Bizarrement son visage se déforme, Stefen King sort de ce corps ! Le son enfle et devient assourdissant, mais qu’est qui nous arrive ? Je me réveille en sursaut : P…..de B……de M….. je couche juste à côté de la voie ferrée et je n’avais rien vu et surtout rien entendu ! Et les trains canadiens, sûrement frustrés quand ils étaient miniatures, klaxonnent tous les 100 m au cas où on ne les aurait pas entendus arriver !! C’est une corne de brume style Titanic (je m’en souviens) qui envahit la nuit jusque tard dans la soirée. Je finis par m’endormir en rêvant de bête humaine et d’attentats-suicides dans le Paris – La Roche Migennes…

 

 

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