La Tuque – Mont Tremblant : la forêt canadienne dans toute sa démesure.

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Je me réveille à 8h, cela fait bien longtemps que je ne me suis pas réveillé si tard. Un beau soleil entre dans ma chambre, la journée va être chaude. Je vais déjeuner et fais la connaissance de deux francaises, une mère et sa fille. Elles m’expliquent qu’elles habitent en Allemagne mais la mère travaille à Strasbourg, elle est formatrice de professeurs. Son accent chantant contredit ses origines germaniques. En fait, elle a fait ses études à Bordeaux (comme moi…) et a été prof d’allemand à… Bergerac (lieu de naissance de ma mère !) et aussi à Ste Foy la Grande (à 12km de là où habite ma mère !). Quand je vousrentreque le monde est un village ! Elle a été prof aussi à St Sulpice et Cameyrac, pas très loin d’où enseignait mon oncle ; je lui demande si elle eut connu Francis Bertrand, car qui ne connait pas Francis Bertrand en Gironde ! Et bien non, elle ne le connait pas, l’image de ma famille en est largement écornée !

Nous dissertons sur l’insuffisance de formations des enseignants et sur le peu d’investissement de certains fonctionnaires de l’éducation nationale. Je leurs dit qu’on ne peut pas généraliser et que ma chérie, par exemple, s’investit beaucoup dans son travail sans avoir forcément la reconnaissance qui lui est dûe Nous nous souhaitons bonne route et repartons chacun vers nos différents horizons.

C’est aujourd’hui l’étape la plus longue de mon périple, plus de 300 km…

Avant de partir, je décide d’aller me recueillir et de rendre hommage à Félix Leclerc, le chantre de la francophonie. Cet enfant du pays a passé toute son enfance ici et en a puisé énormément d’inspiration pour ses chansons. En lisant l’histoire de sa vie, il me revient à la mémoire un disque qu’avait mon père : l’enregistrement en public du fameux concert d’août 1974 où Robert Charlebois, Gilles Vigneault et Félix Leclerc sur la plaine d’Abraham à Québec devant plus de 120 000 personnes (3 d’après la police…) reprennent en chœur la magnifique chanson « quand les hommes vivront d’amour »… J’en ai des frissons et les larmes aux yeux rien que d’y penser…

Juste à côté de cette exposition, il y a un bestiaire qui présente les principaux animaux empaillés de la faune locale. Je suis accueilli par un orignal énorme et majestueux. Imaginez les bois gracieux d’un cerf, la taille d’un grand cheval et le poids d’un gros taureau ! Celui que j’ai devant moi pèse plus d’une tonne (plus de 1 000 kg de plumes mais ça vous le saviez déjà !).

 

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J’imagine une collision avec cet animal sur la route, je pense que mon road-movie serait légèrement compromis. Sur la route, il y a plein de panneaux qui indiquent des passages d’orignaux.

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La vigilance s’impose. Il y a aussi une bête que je ne connaissais pas : un carcajou. C’est le nom donné par les québécois mais on le trouve aussi sous le nom de glouton ou de Wolverine (comme dans la série X-Men). Paraîtrait que c’est la bête la plus féroce sur la surface terrestre, qu’il ne refuse jamais aucun combat même contre un ours dix fois plus gros que lui. Je ne vais peut-être plus m’aventurer seul dans les forêts québécoises ! Pas d’inquiétude, seules quelques personnes très rares ont réussi à observer un carcajou en liberté. Il fuit l’homme comme la peste et il a peut être bien raison !

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Mon fervent destrier m’attend pour reprendre les chemins de traverse. Je commence par longer le lac St Jean. Les paysages sont vraiment magnifiques, l’eau et la forêt se mélangent, des montagnes abruptes cachent l’horizon de leur masse sombre. Je cale mes deux pieds confortablement, mets le régulateur de vitesse et trouve une radio qui diffuse des tubes des années 70. Remember… Je monte le son et mets à fond Good Bye Stranger de Supertramp qui s’enchaine avec Hold the Line de Toto ! Je suis en plein retour vers le passé… Les Doobie Brothers et leur tube Long Train Running, trop bon, je suis le maitre de la route, je suis Captain America dans Easy Rider et en plus Peter Frampton se met de la partie et fait parler sa guitare dans Do you feel like we do…Que du bonheur ! D’énormes Harley Davidson me doublent dans un vrombissement assourdissant, c’est sûr, je suis bien sur la route 66 ! Soudain, dans mon rétroviseur, un énorme camion est juste derrière moi. Quelles sont ses intentions ? S’agit-il de Peterbilt du film Duel de Spielberg ? J’imagine la même situation en pleine nuit, cette masse gigantesque qui me poursuit, ses phares qui me transpercent telles des bêtes foreuses de la nuit comme disait mon Ex ( c’est de Charles Exbrayat dont je parle, on était très intime). Dés qu’une voie de dépassement le permet, le mastodonte lancé à pleine vitesse me dépasse lentement, me laissant le temps d’admirer la rutilance de ses chromes…

Je me dis que je passe beaucoup de temps en déplacement mais dans ce pays si gigantesque, ai-je vraiment le choix ? Je pense que si je me déplaçais en bus, ce serait pire. Le Canada est près de 15 fois plus grand que la France mais quasiment 2 fois moins peuplé. Pour exemple, la région de Québec compte 8 millions d’habitants et les deux grandes villes, Montréal et Québec, 4 millions à elles deux.

Les boîtes aux lettres signalent des signes de vie le long de ces routes qui n’en finissent pas. Les maisons sont, soit disposées tout au bord de la route, soit enfouies tout au fond de la forêt, c’est étonnant comme disposition et ce sont les fameuses boîtes aux lettres qui permettent d’identifier qu’ici sied un autochtone.

Je prends enfin l’autoroute … Félix Leclerc, ma moyenne de conduite va pouvoir exploser, je vais passer de 90 km/h à…. 100 km/h. Et oui amis français, la limitation ici sur autoroute est de 100 km/h ! Et tout le monde s’en contente même si une tolérance de 10 km/h au dessus semble être de mise auprès de la maréchaussée locale.

La faim me rappelle à son bon souvenir et j’aperçois au loin un panneau m’indiquant une aire d’autoroute. Quand je suis prêt à aborder cette aire, je m’aperçois que la sortie est à… gauche ! Mon sang ne fait qu’un tour et, ne voulant pas rentrer en conflit avec mon estomac, je coupe l’autoroute trois voies de droite à gauche en slalomant entre les poids lourds et les gros 4X4 et prends, in extremis, la sortie vers mon hamburger. J’avoue ne pas bien comprendre la logique d’un tel système…

Je rentre dans le fast-food et je vois plein de gens qui attendent mais à 2 mètres de la caisse. Où dois-je faire la queue ? Et pourquoi les gens sont-ils si loin ? Ne voulant pas passer encore pour un « maudit » français, je vois qu’il y a une personne derrière moi qui cherche aussi à comprendre. Bon prince, je la laisse passer devant moi pour observer son comportement. En fait, il faut aller vers la caisse pour passer commande et nous sommes appelés par un numéro pour aller chercher notre manger, d’où la file d’attente… Je repars rassasié vers ma dernière étape de la journée, Mont Tremblant. Le temps est en train de changer, le vent s’est levé, je sens que la pluie ne va pas tarder. Je rentre évidemment sur l’autoroute par la voie de gauche ! Mais comment font les camions pour accélérer suffisamment et se fondre sans problème dans la circulation ? C’est pour moi un grand mystère…

Depuis le début de mon périple, je n’ai pas vu un radar ni un policier et pourtant les gens respectent les limitations de vitesse. Qu’est-ce qui fait que le peuple français râle à toutes réglementations et se force à ne pas les respecter ? Réfléchissons à cela mes chers frères et soeurs !

La ville de Mont Tremblant approche et avec elle son cortège de téléphériques et de tire-fesses. C’est une ville qui fait partie de la région des Laurentides, elle est jumelée avec Châtel, ville de Haute-Savoie dont le maire est Nicolas Rubin ( et, oh, Fred, on s’en tape de tes remarques à la noix de chez wikipédia !). Cette ville a été choisie pour accueillir de 2012 à 2017 les sélections pour les qualifications pour toute l’Amérique du nord de la compétition Ironman : 3,8 km à la nage, 180,2 km en vélo et un petit marathon pour finir de 42,195 km à pied et tout ça dans la même journée ! Des fous j’vous dis ! Et la course a lieu dimanche prochain, il faut vite que je parte !

J’arrive à l’auberge où, pour la première fois depuis que je suis au Canada, on me demande mon passeport pour m’inscrire. Il fait un temps de chien dehors et il tombe des cordes, temps prévu au moins pour 2 jours…Super, je vais avoir le temps de mettre à jour mon blog ! Exceptionnellement, je vais faire des courses au dépanneur du coin pour pouvoir me faire à manger. Après mangé, je m’offre une petite bière au bar de l’auberge et je vais fumer une cigarette autour d’un feu de camp sous des parasols pour se protéger de la pluie qui ne cesse de tomber. Je suis habillé avec un tee-shirt moulant rouge décathlon, un short rouge décathlon et des chaussures rouges …. décathlon et c’est sûrement pour ça qu’une femme à côté de moi me demande si je suis là pour Ironman !! MDR !! Ou alors ce serait l’homme de fer dans sa chaise roulante !

Pas vraiment d’ambiance dans cette auberge, peuplée de plein de sportifs, le bar n’en finit pas de ne pas s’emplir… Je vais me coucher relativement tôt et m’endors sous une température pour une fois clémente.

 Note de l’auteur : j’ai retrouvé au fin fond de mon cerveau, sans l’aide de Google, la conversion des Fahrenheit en Celsius : on soustrait 32, on divise par 9 et on multiplie par 5… Soit 90°F comme dans la ferme à fromages :

90 – 32= 58

58 : 9= 6,44

6,44 X 5= 32,2°C il fait chaud au Canada, et tout ça à l’ombre !

One Response to “La Tuque – Mont Tremblant : la forêt canadienne dans toute sa démesure.”

  1. JMBi dit :

    Trop génial Fred, je me régale à chaque lecture et découvrir ce pays à travers ton regard et tes pointes d’humour… C’est simple j’ai l’impression d’être dans la voiture avec toi !
    Je vais tâcher de trouver un point wifi pour ma « pitance » quotidienne cette semaine a venir…
    Bonne continuation.. Profite « A MORT »… chacal !

    Toué matinal hombre ! Merci beaucoup pour tous tes commentaires, ils m’aident aussi à avancer !

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