295 York in Winnipeg… que du bonheur !

Mercredi 20 août, je me lève comme Nicolas vers 10H30, c’est trop bon la grasse matinée dans une chambre au calme.

Le programme d’aujourd’hui est cool. Pas de visite, pas de déplacement, farniente et récupération et surtout lessive car je vais bientôt mettre mes slips à l’envers pour en avoir des propres. La maison est dotée d’une énorme machine avec un sèche linge. Il est fortement conseillé d’utiliser le sèche linge car le climat chaud et humide de Winnipeg a tendance à faire moisir le linge.

Nous allons faire des courses dans une épicerie fine italienne et j’en profite pour acheter une bouteille de rouge chilien, mon premier verre de rouge depuis des lustres, ça se fête ! Dans la rue, il fait une chaleur étouffante dés le matin et la climatisation des magasins est vraiment la bienvenue.

Leur maison est située dans un quartier populaire de Winnipeg et le silence de la nuit est souvent ponctué par les sirènes des pompiers ou de la police. Winnipeg est la troisième ville canadienne en terme de criminalité, c’est maintenant qu’il nous dit ça mon fils ! Et les chiffres sont éloquents : 2 fois plus de crimes que la moyenne canadienne… La peur n’évitant pas le danger, cela fait 3 mois qu’il est ici et il ne lui est rien arrivé, alors… Mais quand on sait que l’origine du mot Winnipeg signifie « eaux troubles », on comprend peut être mieux…

La journée se passe au calme avec une mise à jour importante de mon blog car cette fois, j’ai pris beaucoup de retard. Il est prévu que nous allions manger au restaurant de Nicolas ce soir, je crois que ça lui fait très plaisir d’inviter son père dans cet endroit qui l’a accueilli et formé pendant 4 mois.

La journée est caniculaire et propice à une bonne sieste même si la chambre est une étuve. Après ce repos bien mérité, je m’occupe de mon linge et nous nous préparons gentiment pour aller au 295 York, nom et adresse du restaurant de Nicolas.

GNdUebv2tFw4cWLa façade est quasi inexistante, l’entrée est sous un porche, il faut vraiment savoir qu’il y a un restaurant ici. Ne serait-ce point dans un coupe-gorge que mon fils m’entraîne à moins qu’il ne s’agisse d’un sordide bouge ?

Une fois la porte ouverte, changement de décor complet, la classe internationale, je demande à Nicolas si mon tee-shirt rouge des Blues Brothers et mon bermuda ne sont pas un peu trop décalés dans ce lieu cosy et intimiste ? T’inquiètes Paupiette me dit-il et nous sommes accueillis par Jason, le préposé au bar et cocktail. Je suis épaté avec quelle facilité et fluidité Nicolas manie la langue anglaise. Je ne fais peut être pas tâche avec mon accoutrement, n’empêche qu’il n’y a que des femmes et des hommes élégamment vêtus !

Le serveur, Karl, discute le bout de gras avec mon fils,ce qui est assez logique dans un restaurant ! On nous amène un joli cocktail à base de vodka, et je laisse toute latitude à Nicolas pour le choix du menu car j’ai un peu de mal avec les ingrédients anglais. Finalement, notre choix s’arrête sur le menu gargantuesque ci-dessous :

Duck quesadillas : confit de canard avec des poivrons et des épices, brie, roulé dans une feuille de tortilla

Bœuf and crostinis : bœuf fumé sauce raifort,  moutarde à la Guinness, roquette et parmesan

Bison cuit sous vide à 73 ° pendant 24 h, purée de piment vert, purée de pomme de terre, et brocolinis

Filet mignon de bœuf, purée de pomme de terre et brocolinis

Gâteau au chocolat avec viennoise et craquant, gelato au caramel

Vin rouge d’Argentine

Tous ces mets sont exquis, mes papilles ont du mal à s’en remettre devant l’abondance des fumets, des textures et des odeurs. Il y avait vraiment très très longtemps que je n’avais pas mangé une nourriture aussi céleste ! Et le vin rouge argentin aux tanins puissants et à l’âpreté contenue fait exploser toutes ces saveurs dans un feu d’artifice magnifique et payen.

Un tel repas est propice au dialogue et à la discussion, c’est aussi et surtout ça la cuisine, l’occasion d’échanger nos points de vue avec mon fils que je n’ai pas vu grandir…

Il me parle de sa passion pour la cuisine, de ses envies, de sa vie quoi ! Contrairement à pas mal de ses colocataires dans leur grande maison, Nicolas a très bien vécu l’éloignement avec la France car c’était un vrai choix de venir au Canada et il s’est aussi énormément investi avec l’équipe de son restaurant. En clair, il savait pour qui et pour quoi il était ici. Il se demande s’il tient plus de sa mère ou de moi, je lui réponds que je crois que, depuis tout petit, il tient surtout et avant tout de lui… Il m’explique aussi la cuisine qu’il aimerait faire, inventive, créative mais il ne souhaite pas vraiment travailler dans un restaurant gastronomique à la recherche de ses étoiles : trop de contrainte, trop de cadre. Je suis assez d’accord avec lui. Il me dit aussi qu’il a beaucoup de chance d’avoir déjà toutes ces expériences, je lui réponds que très souvent la chance se provoque et qu’il a surtout mis plein d’atouts dans le jeu de sa vie pour avoir l’infime privilège de choisir ce qui lui plait.

Nous parlons aussi de l’éducation que sa mère et moi lui avons donné, de l’autonomie qu’il a eu pour faire ses propres choix. Il me vient soudain une métaphore : être parent et éduquer ses enfants dans le respect de chacun, c’est être les petites roues quand un petit enfant apprend à faire du vélo. Ça lui permet d’apprendre la vie et de ne pas tomber mais c’est lui qui reste complètement maître de la direction à donner à sa propre vie. Et en écrivant ses lignes, il me revient à la mémoire ce passage du livre de John Irving, l’oeuvre de Dieu, la part du Diable :
– Et le problème de l’amour, ajouta-t-il, c’est qu’on ne peut forcer personne. Il est naturel de désirer que ceux qu’on aime fassent ce que l’on veut, ou ce que l’on croit bon pour eux, mais on est obligé de laisser les choses leur arriver.On ne peut pas plus intervenir dans la vie de ceux qu’on aime, que dans la vie des gens que l’on ne connait pas. Et c’est dur, dit-il encore, parce qu’on a très souvent envie d’intervenir – on a envie d’être celui qui tire les plans.
– C’est dur d’avoir envie de protéger quelqu’un et d’en être incapable, fit observer Ange.
– On ne peut pas protéger les gens, petit, répondit Wally. Tout ce qu’on peut faire, c’est les aimer…

Nicolas demande l’addition et je comprends bien qu’il souhaite diviser par moitié l’addition. Je le laisse faire et je suis heureux de cet instant de partage dans tous les sens du terme…

Encore merci mon grand pour cet instant magique…

 

 

One Response to “295 York in Winnipeg… que du bonheur !”

  1. Corinne dit :

    Ouahh
    C est beau l amour entre un fils et son père.
    Continue à nous faire rêver encore qq jours.
    xxxxxx

    Merki, tu m’en vois tout ému…

Leave a Reply

affichez les images pour voir l'antispam *