Les premiers pas

Le temps est un peu comme chez nous, ensoleillé et orageux.    Première mission, récupérer ma valise. D’un coup d’oeil habitué et sûr, je repère que les valises de mon vol arrivent sortie 6. Je me mets devant le manège à bagages et je regarde passer, passer, passer.. jusqu’à une dernière Samsonite rose mais mon sac, nada !
Ça commence très fort, comment survivre au Canada avec un seul slip, même propre ! Je vais porter réclamation auprès de Air-Canada en expliquant en long en large et en travers qui je suis, d’où je viens et dans quel état j’erre…pour m’entendre dire avec un accent caricatural : c’est sur qu’c’est géénnant mais nous c’est Air-Canada alors qu’vôtre vol c’est Air-Transat ! Le guichet de Air-Transat me confirme que les bagages du vol TS111 ne sont pas encore disponibles sortie 8 !
Me voilà enfin parti récupérer ma voiture, gage de ma liberté que j’ai longtemps cherché comme une perle rare…Après avoir négocié une voiture plus grande pour le même prix, le vendeur de Avis me donne les clés et me dit de récupérer ma voiture tout seul dans un immense parking, ne vous inquiétez pas, elle est à la place E19, c’est une Chevrolet Cruiser (ah ?). Et me voilà parti avec mon gros sac et mon sac à dos. Des années d’études m’ont permis d’appréhender le monde de façon logique et rationnelle : la lettre E se trouve entre D et F, c’est bon, j’ai trouvé. 19 est après 18. Je marche seul confiant dans le monde qui m’entoure. Eh bien non, au Canada, après 18, il n’y a pas 19 ! Je tourne plusieurs fois chargé comme un sherpa, pour m’apercevoir, que comme Pérec (pas Marie-Josée, l’autre) la E19 a DISPARU. J’aperçois au loin un être humain qui s’approche de moi, tout sourire, nullement inquiet de l’abominable drame qui se joue : en quoi puis- je vous aider ? Je lui explique, il prend ma clé, appuie sur le bouton ouverture et la E9 scintille de mille feux. Ça doit être une erreur me dit-il rassurant. Je paraphrase Kennedy à Berlin : I am an American, j’ai une plaque de New-York, la classe !.
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Après un rapide briefing sur la boite automatique, je pars à la découverte des grands espaces amérindiens et je m’engage sur l’autoroute en .,…première, la boite auto ne doit pas être bien enclenchée 30 à l’heure sous les klaxons, attention les Canadiens me voilà ! Panique à bord, arrêt sur la bande d’arrêt d’urgence, freinage du pied… gauche et nez dans le volant ! P…de B….  de M….(j’ai aussi traduit les jurons). Je trouve enfin la position adéquate et roule cheveux au vent (ah…) pour m’arrêter à mon premier feu canadien : il y a du vert et du rouge, je gère mais les feux sont systématiquement placés de l’autre côté du croisement, ce qui fait que si tu t’avances jusqu’aux feux, tu es au milieu de l’intersection : déconcertant au départ. Le GPS est en plein délire, il n’a pas l’adresse de l’auberge de jeunesse.
C’est un peu gênant de ne pas savoir où coucher dans un pays étranger. Je refais une tentative : le GPS a bien la rue mais pas le numéro 4156, le plus proche qu’il me propose étant le 8452. Qu’a cela ne tienne, allons y malgré tout. Des dédales d’autoroutes suspendues, au dessus, au dessous de soi, du béton très moche qui donnent à la ville un aspect minéral et peu engageant, mes premières impressions sur Montréal ne sont très positives. Bon, la numérotation de la rue Henry JULIEN s’arrête à 8230, c’est toujours un peu gênant… Un autochtone saura sûrement me renseigner. Bonjour, Salut, Y’a-t-il plusieurs rue Henry JULIEN ?, ben j’sais pas j’suis d’Verdun. Et moi du ch’min des Dames, non je déconne. Effectivement Verdun est limitrophe de Montréal mais toujours pas d’auberge. J’essaye une nouvelle tentative : Salut tu vas bien ? L’auberge, j’connais pas mais la rue JULIEN continue de l’autre côté de l’autoroute. Un grand merci plus tard, j’entame mon périple le plus long de ma journée : la remontée de la rue JULIEN. Il est quand même plus de 23h heures françaises et depuis 5h ce matin, malgré ma fougue jeunesse, je commence à saturer. Jamais, au grand jamais (7865), je n’ai vu une rue (7356) aussi longue (6988) avec autant de stop (6854), de dos d’âne (6786), de vélos en liberté (6432)…This is the end.. Non, c’est impossible, la numérotation s’arrête définitivement là ! Je pète un câble, j’ai besoin de dormir, j’ai dû dormir une demie heure dans l’avion, le premier hôtel que je trouve, je le prends. Mais là où je me trouve, que des maisons, des boutiques ou des hôtels de luxe. Rapprochons nous de l’aéroport, me dis-je, en oubliant que mon GPS dispose d’une fonction recherche d’hôtels !IMG_20140806_212311
Il m’affiche un motel, l’auberge St Jacques. Quel nom bucolique pour un taudis à 75$ la nuit et 20$ en liquide pour la caution de la clé ! La photo est une vue partielle de la salle de bain…ou ce qu’il en reste. Je me couche avec les pas du voisin du dessus qui va bientôt rentrer dans ma chambre. Demain est un autre jour…

2 Responses to “Les premiers pas”

  1. JMBi dit :

    ouahouhhh, que d’aventures !!!

    Même si je sais à qui je ne demanderai pas d’organiser le voyage… ça donne quand même envie de découvrir cette « démesure » !

    Dis toi que t’as commencé par le plus dur…  » Savoir s’étonner à propos est le premier pas fait sur la route de la découverte  » a dit Pasteur… alors, Bonne découverte à toi Fred, profite bien.

    Hâte de connaître la suite de tes aventures.

    P.S. : le coup de la cicatritrice à la Harisson Ford, style « j’ai pas pas fait exprès »… trop fort le gars !

  2. Didier dit :

    Fred, toujours aussi surprenant !
    et les récits, on s’y croirait
    j’attends la suite
    bon vent

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